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Le vieillissement de la population et nos pensions

ACTUALITE – S’il est un sujet dont tout le monde parle ou a parlé, c’est bien celui de la problématique des pensions et plus généralement celui du vieillissement de la population européenne. Tout et son contraire ont été dit, écrit ou vu sur ces thèmes.

Et c’est bien normal puisqu’il nous concerne tous.

De plus, on peut se demander si ce n’est pas là que se trouve l’origine de nombreuses craintes actuelles des marchés financiers qui pourraient déboucher sur une crise systémique tout autant que structurelle remettant en cause les fondements même de nos sociétés démocratiques.

En ce sens, le dernier d’une série de quatre articles est, en fait, celui qui ferme la boucle. Il aurait pû, tout autant, être le premier et avertir de l’éventualité d’une crise financière importante (le premier article s’intitulait : A quand la prochaine crise ?) aux conséquences incalculables sur nos patrimoines (La résolution des crises financières était le sujet développé dans le deuxième article) suite à la fragilisation des banques et des compagnies d’assurance pour ne parler que des principaux intervenants (Compagnies d’assurance-vie, des soucis à se faire ? Réponses dans le troisième article).

Ces inquiétudes sont-elles légitimes ? On peut se poser la question dans la mesure où cela fait plus de trente ans que des cassandres annoncent la fin du système de pension légale (appelé également pension du premier pilier) en Europe.

Un examen des données actuelles va nous apporter les réponses…

Le vieillissement de la population n’est rien d’autre que l’augmentation de la part de la population la plus âgée au sein de la population totale. Son origine est double : d’un côté la baisse du taux de fécondité (on fait moins d’enfants) et de l’autre l’allongement de la durée de vie. En fait, on a gagné plus de 20 ans d’espérance de vie depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En Belgique, l’espérance de vie, à la naissance, est aujourd’hui de 78,8 années pour un homme et de 83,7 années pour une femme. A 65 ans, l’espérance de vie est encore de 18,2 années pour un homme et de 21,6 années pour une femme.

Et ce phénomène démographique de vieillissement de la population va (à taux de fécondité constant) s’amplifier, de manière inexorable, dans les prochaines années. C’est que les générations de ce que l’on a appelé le « baby-boom » (poussée démographique importante d’après-guerre allant de 1945 à 1965) arrivent progressivement à l’âge de la pension. Le baby-boom est devenu aujourd’hui un papy-boom qui perdurera jusqu’au milieu du 21e siècle dans la mesure où l’allongement de l’espérance de vie se poursuivra grâce aux constants progrès de la médecine.

Il s’agit là d’un changement sociétal extrêmement important dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences économiques et sociales. En 2017, le Bureau du Plan en Belgique, publiait ses estimations de la part de population dépendante (pourcentage des plus de 65 ans et moins de 15 ans par rapport aux 15-64 ans) : de 28% en 2016, on atteindrait 42% en 2050.

Cette population plus âgée consomme moins, investit moins. Elle pèse et pèsera d’un poids de plus en plus lourd sur la croissance économique.

Dans ce contexte auquel vient s’ajouter une prodigieuse révolution industrielle, le redressement économique, tant souhaité par tout un chacun, devient un défi quasi insurmontable. D’autant plus que du côté de l’épargne, les taux d’intérêt extrêmement bas voulus par la Banque Centrale Européenne pour relancer l’économie font qu’elle n’est plus rémunérée (0% ou moins) alors que le taux d’inflation varie entre 1,5 et 2%. Soit, en conséquence, une perte du pouvoir d’achat de l’ordre de 2% par an freinant encore plus la consommation des ménages. Et cela ne risque guère de changer car l’endettement public et privé se situe à des niveaux tellement élevés (il dépasse dans beaucoup de pays le niveau du Produit Intérieur Brut) que maintenir des taux bas est le seul moyen de supporter la charge d’intérêt tout en réduisant le niveau de dettes par des taux d’intérêt réels (taux d’intérêt moins taux d’inflation) négatifs. En somme, c’est la quadrature du cercle.

Enfin, ce défi du vieillissement de la population est aussi sociétal. L’ensemble de notre système de sécurité sociale actuel a été mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale. Vu l’évolution démographique expliquée ci-dessus, il devient de plus en plus difficile aujourd’hui de le conserver tel quel. En particulier au niveau des pensions et des soins de santé puisqu’ils représentent la part la plus importante du budget de la sécurité sociale.

Pourtant, comme déjà signalé, cela fait plus de trente ans que d’aucuns tirent la sonnette d’alarme en affirmant que la charge des pensions ne sera plus supportable à l’avenir et demandent une réforme en profondeur. Mais aucune réforme à la mesure des défis démographiques n’a été entamée car les solutions évoquées sont souvent impopulaires. En la matière, la procrastination est le mot d’ordre de dirigeants politiques imprévoyants n’ayant même pas pu constituer une réserve pour les années difficiles que nous allons très bientôt connaître.

Car il y a de plus en plus urgence. Comme on le sait, les pensions en Belgique sont payées sur base du régime de répartition. Ce sont les cotisations des personnes actives qui permettent le payement des pensions.

Du côté des charges, les pensions représentaient en 2016, 12,1% du PIB. Ce pourcentage va bien évidemment s’alourdir dans les prochaines années en raison des données démographiques évoquées ci-dessus. Les pensions seront payées à un plus grand nombre de personnes (phénomène du papy-boom), pendant plus longtemps (espérance de vie augmente) et pour des montants individuels plus importants qu’auparavant puisque le salaire moyen sur base duquel se calcule la pension légale est plus élevé et le poids des travailleurs du secteur public est plus important.

Du côté des recettes (les cotisations sociales des actifs) malheureusement, on assiste à une détérioration liée pour l’essentiel à la faible croissance économique.

Autrement dit, on est bien forcé de constater que depuis plus de dix ans, les dépenses de pension évoluent plus rapidement que les cotisations sociales servant à les payer.

Les projections les moins pessimistes confirment la difficile continuation du système actuel. En 2050, en Belgique, la population pensionnée représentera 27% de la population globale. Pour les payer, les cotisations sociales des actifs seront nécessaires. Or la population dite active (classes d’âge de 15 à 64 ans) sera d’à peine 58% en 2050. Et de ce chiffre, il faut soustraire tous ceux qui ne cotisent pas ou très peu. L’estimation de la population permettant de payer les pensions grâce à ses cotisations, toute autre chose restant égale, ne serait plus que de 32% au milieu du 21e siècle.

Soit, à peu de choses près, un actif pour un pensionné. Ce qui est, bien évidemment, irréaliste.

La nécessité de se constituer sa propre pension trouve donc tout son sens à la lecture de tous ces chiffres concernant la pension légale appelée également pension du premier pilier.

Ce que l’on appelle communément les 2ème et 3ème piliers sont encouragés par les Etats européens confrontés au problème du payement des pensions du 1er pilier. Ce soutien s’exprime le plus souvent au moyen de déductibilités fiscales plus ou moins importantes.

Remarquons toutefois que ce soutien n’est pas sans danger dans la mesure où le législateur pourrait utiliser, à l’avenir, ces 2ème et 3ème piliers comme support au 1er pilier.

Il n’en demeure pas moins vrai, qu’à l’heure actuelle, les avantages fiscaux offerts aux 2ème et 3ème piliers sont tels qu’ils compenseraient très largement tout retour en arrière législatif.

En somme, il ressort de tout ceci que la seule et unique pension sur laquelle vous pouvez compter à 100%, sera celle que vous vous constituerez vous-même personnellement.

Dans ce cas, votre horizon de placement sera de 20, 30 ou 40 ans. La volatilité de votre portefeuille, c’est-à-dire les plus ou moins-values à court terme, devrait donc moins vous préoccuper que le but à atteindre, à savoir le capital final nécessaire à vous assurer une existence paisible à l’âge de la pension.

Dans un tel cas de figure, que devient le risque ? Quel profil de risque choisir ? Comment constituer son portefeuille ? En somme, comment atteindre cet objectif de se constituer un capital suffisant à l’âge de la pension pour pouvoir conserver son niveau de vie antérieur ?

Voilà les thèmes de quelques prochains articles. A suivre donc…

Par l’équipe Patrimoine Consult, en collaboration avec Jean-Luc Herckens, Financial Services & Markets Consultant.

2 commentaires

  1. Robert Sojic a dit:

    Article très intéressant. Je suis cependant un peu perplexe face à l’affirmation suivante dans le texte: « Cette population plus âgée consomme moins, investit moins. » D’une part, parce qu’en économie, ces deux positions sont opposées: soit on consomme, soit on investit (i.e. pour consommer dans le futur). Si l’un diminue, l’autre doit augmenter. D’autre part, parce que j’entends souvent dire au contraire, que la consommation des seniors serait une vraie mine d’or pour l’économie. Vous pourriez commenter votre prise de position ?

    • Patrimoine Consult a dit:

      Cher Monsieur Sojic,
      Merci de vous être intéressé à cet article.
      La réponse la plus simple à vous faire est de reprendre les propos d’une autorité en la matière, M. Bruno Colmant : « Une population âgée consomme et investit moins. On constate même une augmentation de la propension à épargner qui entrave la consommation ». Et il s’en explique dans les phrases qui suivent. Vous pouvez consulter cet article en suivant le lien : https://blog.degroofpetercam.com/fr/economie/1568/le-mot-mot-2018-de-bruno-colmant (Article du 9 janvier 2018).
      Ces constatations, comme vous le faites très justement remarquer, ne sont valables que dans le cas d’une population vieillissante comparée à une population majoritairement composée d’actifs.
      Enfin, le faible niveau des pensions en Belgique ainsi que nos taux d’intérêt réels négatifs amplifient aujourd’hui le phénomène.

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